L'autisme et les écrans (ou bien la peur du handicap)

Au départ, je ne souhaitais pas écrire sur le sujet de l’autisme et les écrans. Des fois, le mieux pour lutter contre quelque chose, c’est de ne pas en parler. Car il ne faut pas oublier qu’il y a certains individus qui sont disons dans un délire de paranoïa ou bien de voir des complots de partout. Donc dire que quelque chose est faux va forcément rameuter ce genre de personnes qui vont créer de nouveaux articles dans le but de démontrer que c'est vrai... Et puis je suis tombé sur cette photo. Une personne appelle au visionnage d’une vidéo concernant « le temps passé devant les écrans et le développement des symptômes de l’autisme… » Appelons un chat un chat. En gros, pour symplifier, elle veut dire : « Attention ! Si votre enfant fait trop d’écrans, il peut devenir autiste ! » Est-ce normal de se servir d’un handicap comme d’une peur ? On essaye de faire bouger les choses, on crée des plans pour qu’il y ait plus d’inclusion. Et puis une émission TV s’amuse à créer de nouveau des préjugés… Certains diront que c’était maladroit. Moi, je pense que c’était voulu. Car oui, utiliser les mots « syndrome autistique » en parlant des écrans, c’est vouloir faire le buzz ! Faire en sorte que cela fasse réagir et ainsi que l’émission soit visionnée…

Il y a déjà pas mal d’articles sur ce sujet. Donc je ne vais pas développer en quoi affirmer que passer trop de temps devant les écrans rend autiste est complètement faux.  Je vais plutôt décrire ce qu’est la peur du handicap.

A partir de quand se rend-t-on compte que l’on est exclu par la société ? Difficile à dire, je ne me souviens pas entièrement de ma jeunesse. Peut-être que le déclic, c’est hélas le regard des autres. Pour moi, raconter mon handicap, c’était juste raconter qui je suis et pouvoir ensuite passer à autre chose. Pourquoi la compréhension du handicap n’est-elle pas suffisante pour expliquer qui on est ? Et s’il fallait partir de beaucoup plus loin pour en trouver la cause ? De la définition du handicap vu par la société. Est-ce qu’un handicap s’attrape comme on pourrait par exemple avoir un rhume ? Qu’est-ce qui fait qu’une personne est handicapée et qu’une autre ne l’est pas ? Tant de question que l’on pourrait se poser et que l’on n’ose pas poser. La première peur, c’est la peur de l’inconnu. Mais alors il suffirait d’expliquer de A à Z pour que l’on comprenne ? Je pense que cela serait tellement rempli de termes scientifiques que peu de gens pourraient comprendre ce que c’est vraiment. Un des problèmes de la société, c’est qu’elle nous conditionne à « ne pas poser de questions stupides ». Et je dirai que c’est encore plus vrai dans le domaine du handicap. Des personnes ont peur de poser les questions ! Elles ont peur de vexer la personne avec le handicap à cause d’une « question stupide » ! Ils ont peur de signaler leur ignorance face au sujet du handicap ! Si tout le monde savait ce que c’est, cela se saurait. Pour ma part, je peux vous affirmer que j’en ai jamais voulu à quelqu’un d’avoir posé une « question stupide ». Bien au contraire ! C’est la preuve que la personne est en soif de savoir !

La deuxième peur est celle que l’on n’aimerait pas que l’on devienne soi-même handicapé. Bien sûr, cette peur on ne peut pas l'avouer, cela serait mal vu! J’ai rencontré des enfants et des adultes qui m’ont dit « je suis bien content de ne pas être handicapé ». Certains ont dit ceci juste dans le but de me blesser, me faire du mal. Et d’autres ont dit ceci en ignorant que j’étais moi-même handicapé. Les gens ont souvent tendance à oublier qu’il existe des handicaps dits « invisibles ». Et il y a aussi le syndrome de la pitié… Des fois, il suffit juste que certaines personnes entendent le mot « handicap » et on aura tout de suite comme réaction des personnes disant « oh ! le pauvre ! ». Juste une question. Est-ce que vous pensez que vous rendez service à l’enfant en ayant pitié de lui ? Savez-vous à quel point il est difficile de développer de la confiance en soi ? La seule chose que vous lui renvoyez en ayant cette réaction, c’est qu'il développe le souhait de ne plus être handicapé ! Pour ma part, je me suis mis à essayer de cacher mon handicap, à essayer d’en parler le moins possible afin de paraitre « normal ». Mais la réalité, c’est que l’on ne peut pas fuir une partie de soi-même. Il faut accepter qui l’on est et apprendre à vivre avec. Ce que j’apprends ce n’est pas à me débarrasser de mon handicap. Dyspraxique et Asperger, je le serais à vie. Ce que j’apprends, c’est à être de plus en plus autonome. 

La lecture, ma petite bulle

La lecture a fait partie de ma vie depuis tout petit. Avant même de savoir lire, j’étais déjà plongé des heures dans les BD. Qui sait ? Peut-être que j’essayais de deviner les émotions des personnages rien qu’en voyant leurs têtes. Les émotions, cela n’a jamais été mon fort. Lors d’un test en seconde, j’avais répondu que le personnage était « content » sur toutes les cartes des émotions. Lorsque l’on ne sait pas si par exemple une personne est ironique ou bien si elle en a marre, c'est difficile les relations sociales!! Et c’est encore plus compliqué lorsque l’on ignore cet état de fait ! L’avantage des BD, est que les émotions sont grossies, exagérées donc c’est plus facile à déchiffrer. Mais dans la vraie vie… J’ai appris à lire et à écrire au CP même si mon écriture ressemblait à des hiéroglyphes. Peut-être que je ferai un sujet sur l’écriture prochainement.

Mes styles de lectures sont assez variés. Fantasy, thrillers, policiers, romans historiques… Et à partir de mon diagnostic d’autisme (2016), j’ai commencé à m’intéresser aux livres traitant de l’autisme. C’est un sujet tellement vaste qu’il y a facilement moyen d’écrire dessus. Au départ, je me suis intéressé à l’autisme dans les grandes lignes afin d’en connaitre plus et ainsi de mieux me connaitre. Puis je suis passé aux récits biographiques/autobiographiques qui sont pour moi plus compréhensibles. Joseph Schovanec, Hugo Horiot, Julie Dachez, Laurent Savard, Yvon Roy… Des auteurs traitant de l’autisme, j’en ai lu pas mal. Parler de tous ces auteurs serait trop long donc je vais en sélectionner quelques-uns. Mais cela ne veut pas dire qu’un auteur est mieux qu’un autre ! Je choisis juste les livres où j’ai plus de choses à dire.

En tant qu’Asperger, je vais donc commencer par un livre (une BD plus précisément) qui traite de ceci. « La différence invisible » de Julie Dachez. En tant que lecteur, lorsque je me retrouve à lire un livre dont le héros est une femme… je dois dire que c’est assez perturbant. Non pas à cause du cliché de la princesse qui doit se faire sauver par le prince mais plutôt à cause de la projection. Lorsque l’on est plongé dans un livre bien écrit avec une belle histoire, on peut par exemple arriver à ressentir l’angoisse des personnages du livre. Mais… lorsque l’on suit les traces d’un personnage de sexe opposé, arriver à se projeter est assez difficile. Sûrement mon côté terre à terre. Le héros du livre de Julie ? Marguerite ! Après avoir fait abstraction de cette gêne, j'ai réussi à me projeter et j'ai trouvé que ce livre était très instructif ! Grâce à son format BD, je pense que cela aidera plus de monde à comprendre ce qu’est par exemple une crise de panique. Mais je ne suis pas ici pour spoiler les livres. Ce qui m’intéresse est le titre « la différence invisible ». Différence et invisible. Ces deux mots ensemble ne sont-ils pas contradictoires ? Comment peut-on être à la fois différent et à la fois que cela soit invisible ? Dans ma jeunesse, j’ai entendu des camarades de classe dire que je ne pouvais pas être handicapé parce que je n’avais pas de fauteuil roulant… Devais-je les ignorer ou leur répondre ? J’avais choisi d’ignorer ce genre de remarques. Et pourtant, 80% des handicaps sont dits invisibles. J’aurais bien aimé connaître ce pourcentage quand j’étais plus jeune afin de pouvoir leur dire ! Etre différent et ajouter à cela le fait que les autres ne savent pas que vous êtes Asperger, c’est entendre des réflexions telles que « quel connard arrogant ...!» comme dirait John Elder Robison, Asperger, dans son livre "regardez-moi dans les yeux". A l'époque du lycée, mon AVS (auxiliaire de vie scolaire que j'ai eu à partir de mes 15 ans, lorsque ma dispraxie a été diagnostiquée)  m’avait trouvé prétentieux, imbu de moi-même ! A cette époque, même moi j’ignorais que j’étais Asperger. Comment se défendre alors que je ne sais même pas ce que j’ai fait de mal ?

« Gabin sans limites » de Laurent Savard. Une sorte de journal de la vie de Gabin, autiste, raconté par son père. J’ai trouvé ce livre très intéressant et je me suis facilement projeté dans cette histoire (comprendra qui comprendra). Je vais vous expliquer ce qui m'a amené à lire ce livre. Lors d’un gala d’Autisme Ambition Avenir, on a invité Laurent Savard. J’ai trouvé cette rencontre très instructive. En fait, pendant quasiment 25 ans de ma vie, j’ai essayé de cacher mon handicap. Alors que Laurent Savard, au contraire, a mis le handicap en avant pour en faire un spectacle humoristique. J’ai trouvé cela très intéressant et c’est ce qui m’a donné envie d’acheter son livre. Après la lecture du livre, j’ai laissé un petit commentaire à Laurent Savard et je lui ai posé une question : Comment faire en sorte que les gens puissent se représenter la scène? Voici sa réponse : « En fait, pour faire revivre chaque scène... je la revis, simplement. J'essaie aussi d'aller à l'essentiel. J'aime le suggestif, décrire en peu de mots, je fuis le verbiage et si possible une écriture démonstrative. Les mots sont sentiments, les mots sont actions, les mots sont, ici, Gabin. Ni plus, ni moins. Et je kiffe écrire ainsi. Oui je kiffe dépeindre une scène avec juste quelques mots. Gabin, qui parle si peu, n'exprime t'il pas lui aussi tant de sentiments ? »

 Est-ce que je vais m’amuser à dire à chaque personne que je croise ou avec qui je discute que je suis Asperger ? Non. Il y a encore trop de préjugés sur l’autisme. Je suis en train de lire un livre sorti en 2008 aux Etats-Unis. Voici un passage assez innatendu : "il m'était interdit de rejouer aux échecs, la seule chose qui m'aidait à rester en contact avec le monde qui m'entourait. Autant me condamner à l'âge de 12 ans, à devenir autiste!" On est à présent en 2017. Peut-on dire que cette vision erronée de l'autisme a disparu?  Quel est le pourcentage de personnes en France qui pensent encore ceci de l'autisme? Des livres sur l’autisme, il y en a plein. A ceux qui disent qu’ils n’ont pas le temps de lire… il existe des livres tels que « la différence invisible » de Julie Dachez ou bien « les petites victoires » d’Yvon Roy qui peuvent se lire en environ une heure. Pour ma part, je pense qu’à travers un témoignage, c’est un bon début pour comprendre le mode de pensée et ce que l’on peut vivre dans la vie de tous les jours quand on est handicapé.  

Ma vision du handicap

En tant que dyspraxique et Asperger, je suis assez bien placé pour parler de ma vision du handicap. Bien sûr les handicaps sont très variés mais je dirai qui mieux qu’une personne handicapée pour comprendre une autre personne handicapée ? Il y a parfois l’utilisation de  mots comme "moyen" "léger" « lourd » ou « sévère » pour parler de certains handicaps mais pour ma part je ne fais pas de distinction. Le système de « classer » les personnes en fonction de leur taux d’invalidité… Ce n’est pas quelque chose que je trouve correct. Soit cela permet de connaître les aides financières à accorder mais il pourrait y avoir un meilleur système pour ceci.

Chaque année le médecin scolaire passait 10 minutes dans ma classe pour expliquer aux autres élèves que j’avais un handicap. C’est un petit peu vague dans mes souvenirs mais de ce que je me rappelle, cela ressemblait à une énumération de mes difficultés… Donc c’est juste ça avoir un handicap ? C’est lister des faiblesses ? Moments très gênants pour moi d’être jugé juste sur ce que j’ai du mal à faire… Les explications du handicap ? Oh ! Très peu ! Comme si le plus important était qu’ils sachent en quoi je suis moins bon ! Comme disait Albert Einstein, « si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide ». En gros, je n’ai pas envie d’être seulement jugé sur mes difficultés. Le handicap fait partie de moi mais mon existence ne se résume pas intégralement à mon handicap.

Afin de réussir ma scolarité, j’ai eu droit à une A.V.S  et un tiers-temps lors des contrôles. Pour être plus précis, j’ai eu ces aides à partir de ma seconde. Ce que cela change ? Pouvoir travailler plus facilement, dans les mêmes conditions que les autres enfants. Par exemple, étant dyspraxique, j’écris très mal. A tel point que moi-même je n’arrivais pas à relire ce que j’avais écrit. Devoir harceler ses camarades de classes afin de faire des photocopies de leurs cours… C’est quelque chose que je devais faire mais cela m'a toujours déplu.  Tant de petits détails qui me rajoutaient du travail à faire du fait que je n’avais pas ces aides. Et puis écrire manuscritement me fatigue très vite. Mais pas seulement ! N’ayant aucun automatisme, je devais par exemple me concentrer sur ce que j’écrivais. De ce fait, le fait d’écrire m’empêchait d’apprendre ou de comprendre ce que j’écrivais. Et arrivé à la maison, c’est comme si je découvrais quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant. Je peux vous assurer que pour la compréhension du cours ben ce n’est pas très pratique ! A partir de la seconde, j’ai pu prendre mes cours sur un ordinateur. Même si cet outil n’est pas parfait car il ne peut pas tout faire (cartes géographiques, feuilles à compléter, mathématiques…), pouvoir enfin se concentrer sur ce que disait le professeur était un grand plaisir pour moi ! 

Le handicap fait peur. L’inconnu fait peur. Le premier réflexe de certains employeurs lorsqu’ils apprennent que l’on a un handicap est de se poser des questions. Est-ce qu’il aura des soucis de santé ? Est-ce qu’il saura s’adapter au poste ? Tant de préjugés qui freinent l’embauche des personnes handicapées. J’ai moi-même pu remarquer ceci  lors d’un entretien d’embauche. Etant comptable et gestionnaire administratif, mon travail se situe principalement devant un ordinateur. Mon principal handicap dans le cadre professionnel est mon écriture manuscrite. J’ai tendance à écrire en « hiéroglyphes ». Mais à l’heure d’aujourd’hui qui est énormément informatisée, ce n’est pas trop gênant. Donc je voulais expliquer ceci à l’employeur que j’avais en face de moi. Mais avant même que j’aie pu, il m’a posé une question. Sa seule question face au fait qu’il apprenne que j’avais un handicap a été de me demander si j’avais des problèmes de santé… Comment dire… Le handicap et la maladie ce n’est pas la même chose ! Les préjugés doivent être combattus à l’aide de la compréhension ! Une meilleure compréhension permettrait plus d’embauche de personnes handicapées ! Ne pas s’arrêter aux difficultés que l’on pourrait rencontrer mais aux qualités que l’on pourrait apporter à l’entreprise ! Pour ma part si je devais citer quelques une de mes qualités, je dirais que je suis quelqu’un de consciencieux, ponctuel et très respectueux des règles.